Les déficits commerciaux et budgétaires

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Notre déficit commercial vient de battre un nouveau record. C’est juste un accident de parcours, ou c’est sérieux ? La chronique de Christian Menanteau.

C’est sérieux, c’est même préoccupant. Avec plus de 7 milliards d’euros de déficit en avril – c’est un record, vous l’avez souligné – nous nous enfonçons dans une zone dangereuse. Depuis janvier, le déficit de la balance commerciale dépasse, en effet, 25 milliards d’euros. C’est un rythme insoutenable, à court terme, pour un pays qui est, quand même, déjà très endetté. Et, pour être franc, les experts prévoyaient, bien sûr, de mauvais chiffres mais pas dans cette proportion parce qu’à ce rythme, on risque de dépasser les 70 milliards d’euros de déficit, à la fin de l’année. Tout se dégrade : les ventes et les achats. Nos exportations diminuent alors que la croissance est, finalement, bonne dans le monde entier, à l’exception, peut-être, de l’Europe. Quant aux importations, bien sûr, elles continuent d’augmenter.

Finalement, l’euro et le pétrole n’ont-ils pas la plus grosse responsabilité dans ces déficits ?

L’appréciation de l’euro n’est responsable que du quart de la débâcle de notre balance commerciale. D’abord, parce que c’est dans la zone euro que nous faisons 60% de nos exportations. Il n’y a donc pas de risque de change. Or, que constate-t-on en examinant les chiffres des douanes : que nos ventes, en Allemagne, en Espagne, en Irlande et ailleurs sont en baisse. Dans le même temps, l’Allemagne, qui est notre premier partenaire commercial, affiche un excédent de 12 milliards d’euros, pour le mois d’avril. Quant au pétrole, la force justement de l’euro, réduit l’impact de la hausse des prix du brut. L’an dernier, la facture énergétique a représenté 2,5% de toute la richesse que nous avons créée en France. C’est deux fois moins que dans les années 80, quand les importations de pétrole dévoraient 5% du P.I.B. On a donc réduit notre dépendance de moitié, grâce aux économies d’énergie et au nucléaire. Le problème, finalement, est beaucoup plus profond : c’est celui de la compétitivité du « made in France » qui se dégrade, chaque jour un peu plus. Seuls, quelques grands secteurs, comme l’aéronautique, entretiennent encore l’illusion.

Ne pensez-vous pas qu’on peut se dire que ce n’est qu’un mauvais passage ?

On pourrait aborder ce dossier sans trop d’angoisse excessive si, dans le même temps, le déficit de l’État ne prenait pas, lui aussi, un sinistre visage. La France gagne, collectivement, beaucoup moins d’argent qu’elle n’en dépense actuellement. Le déficit de l’État a dépassé la barre des 61 milliards d’euros, fin avril, et ce ne sont pas les explications alambiquées du Trésor qui vont nous rassurer. Pour le déficit commercial, nous disent-ils, ce serait la faute de 2 Boeing que nous aurions acquis le mois dernier. Vous imaginez les comptes de la France, 5ème puissance économique mondiale, à la merci de l’achat d’une paire d’avions. Quant au trou budgétaire, ce serait la faute des grecs à qui on a prêté un peu d’argent et les collectivités territoriales, qui, elles, font la manche. Si ces explications sont conjoncturellement exactes, elles sont, structurellement, inquiétantes.

*** Le Bloc-Notes

Bras de fer à l’OPEP entre l’Iran et l’Arabie Saoudite qui a tourné à l’avantage de Téhéran. Conséquence : le prix du pétrole a dépassé, ce matin, 118 dollars le baril.

Et puis, les moissons de blé sont prévues en baisse de 15%, par rapport à 2010, mais la production totale restera équivalente à celle de 2007.

*** La Note du Jour

8 sur 20 aux producteurs des grands vins de Bordeaux : la majorité des châteaux qui vendent en primeur a encore augmenté massivement ses prix. Maintenant, le bon vin de Bordeaux va être réservé aux chinois parce que même les américains n’en veulent plus !

Source: http://www.rtl.fr/actualites/vie-pratique/article/les-deficits-commerciaux-et-budgetaires-7693397063

Article de: Christian Menanteau

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